Au fil des jours

26 X 2025
Dans une installation d’arte povera sur le Lido au crépuscule. A droite, le soleil au ras de la digue commence sa course derrière les roseaux, puis les îles, puis l’horizon. Il suffit de regarder. A gauche, le très doux ressac de l’Adriatique, bien fatiguée ici d’avoir tant battu les côtes italiennes, albanaises, monténégrines et croates. La marée semble usée, murmurante comme la berceuse d’une nonna. Le sable soyeux couleur encre de seiche berce les coquillages dont les habitants ont fui la voracité des goélands argentés, des aigrettes garzettes et des corneilles mantelées. D’où viennent les arbres entiers passés au blanc du sel venus s’échouer sur la digue qui protège la lagune ? Ont-ils un moment servi de radeau aux bannis de nos côtes ? Les derniers rayons enflamment ma joue et la crête des vaguelettes, je descends l’escalier de fortune et me penche pour ramasser quelques conques que je lierai entre elles et accrocherai à des morceaux de bois flotté, modestes mobiles à offrir pour Noël aux enfants de ma famille.

